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« You sexy thing »

 

On peut tous être une œuvre d'art

    Des regards parmi les plus personnels, intimistes. Réalisation inspirée par les personnes que j'aime, qui habitent mon quotidien avec leurs métiers, leurs présences, leurs corps. La question est le corps.

    Malices, envies, invitations que le beau et les lumières m'ont permis de figer en clichés. Certains parleront d'érotisme, transportés par leurs fantasmes ; pour moi, il n'y là qu'une double essence de romance et de fascination qui n'habite pas si loin de notre quotidien qu'on le croirait.

    Poésies d'ombres aux silencieux cris de scandale.

 

muto

 

 

    Une fois n'est pas coutume, oublions la nature morte, si française, pour penser à l'anglo-saxonne : still life ou still leben, représentation du quotidien, de ses objets usuels, des fleurs et des fruits dans l'apogée de leur floraison et de leur épanouissement.

    A ce genre pictural qui ne se résume pas aux vanités, muto emprunte la représentation du vivant dans un instant fugitif. Il ne photographie pas de nus, mais procède au contraire à la mise à nu intimiste de ses modèles dont aucune n'est professionnelle. La première photographie de la série « You sexy thing » est née du hasard, de la proposition d'une amie, belle et radieuse, et désireuse de conserver intact le souvenir de sa beauté plastique. « E » a inauguré un alphabet de tirages, tous datés de l'année de leurs prises de vue. « J » a été saisie au vol tandis qu'elle s'abandonnait à la fraîcheur de l'eau dans une piscine. Toutes les autres ont mis en scène le théâtre de leur quotidien ; à rebours de la tradition de la photographie de nu, muto impose à ses modèles le libre arbitre. Elles ne posent pas autrement que dans leur naturel, dans les tenues et les intérieurs où se révèle la confiance qu'elles ont dans l'artisan.

   Lui travaille sur le fil : pas de parapluies, ni de spots. Faire avec l'environnement, la lumière qui dessine. Inventer les solutions, son seul appareil en main, pour que le moment surgisse.

    Celui qui est aussi poète, mais piètre dessinateur lorsqu'il se compare à Rembrandt, se nourrit d'une exigence et d'une approche technique qu'il détourne des somptueuses gravures veloutées du maître hollandais. L'objectif est sa plaque de cuivre, la vitesse de l'obturateur son burin, le grain son péché mignon et le défaut au tirage, amoureusement conservé, signe l'authenticité de l'acte photographique. Paradoxe du photographe, c'est de l'ombre, du plus dur du noir qu'il cherche à extirper les viscères de son sujet. Ce charbon et cette encre de Chine, cette tourbe épaisse, non pas métaphore mais témoignage vivant de la réalité du monde, engendrent une esthétique presque parfaite.

    Presque, car la vie n'est pas aseptisée, à moins que le regard que l'on pose dessus élude ce qui dérange l'œil et la pensée. muto redonne à l'objectif son objectivité et à la vie la beauté complice de l'éternité.

 

Jean-Pierre Mélot

Pau, 2012.